Focus: Innovation in the Public Sector – Interview of Mrs Françoise Waintrop

In French

francoise-waintrop1) Qu’est-ce que l’innovation dans le secteur public ?

Françoise Waintrop: Innover dans le secteur public vise à combler l’écart observé entre les politiques publiques et les attentes réelles des citoyens. Innover, c’est à la fois intégrer de la nouveauté dans la réalité des administrations (des nouveaux services, de nouvelles façons délivrer l’action publique, de nouvelles procédures, de nouveaux modes d’organisation) et provoquer ainsi une transformation plus ou moins significative des politiques, des usages, de l’organisation des services publics.

Face aux défis que l’administration rencontre – des attentes accrues de la part des usagers, les contraintes sur les budgets publics, le souhait des agents de participer plus directement à la modernisation de l’action publique, la capacité à tirer parti des nouvelles technologies et de nouveaux partenariats avec le secteur privé ou associatif – l’administration doit innover et repenser ses missions et son fonctionnement. Sur chaque politique publique, elle doit  être capable de mobiliser les différents acteurs (agents publics, entrepreneurs sociaux, start-up, usagers, experts…) pour construire des solutions nouvelles.

2) Donnez-nous un exemple de pratique innovante dans le secteur public ?

F. W.: Le Gouvernement français a lancé le programme d’innovation « Futurs Publics »  Le programme « Futurs Publics » est une initiative qui doit permettre aux administrations d’être plus ingénieuses dans les solutions imaginées, plus réactives dans leur fonctionnement, plus entreprenantes dans leurs modes de travail, plus flexibles dans la mobilisation des compétences et des expertises, plus ouvertes sur leurs partenaires et plus rapides dans la mise à disposition de nouveaux services pour les usagers.

« Futurs Publics » offre un cadre de coopération et de mobilisation de ressources pour remplir deux missions complémentaires :

–       imaginer, engager et rendre possibles des transformations significatives de l’action publique. Il s’agit d’expérimenter et de tester dans les territoires des solutions nouvelles « en mode laboratoire » pour changer concrètement et durablement la vie des Français et améliorer le fonctionnement des administrations.

–       promouvoir l’esprit d’innovation auprès de l’ensemble des acteurs de l’action publique. L’objectif est de créer un écosystème favorable pour l’innovation publique, via le développement de formations à l’innovation, l’animation d’une communauté des praticiens de l’innovation, un travail renforcé avec le monde de la recherche sur la nouvelle gestion publique. –

Un exemple concret d’une nouvelle méthode pour redessiner les politiques publiques et les services publics est l’approche par les  “connexions innovantes” sur la politique publique de dépendance.  Cette approche a été consacrée à soutenir l’autonomie des personnes âgées et imaginer de nouvelles solutions pour les aider à rester indépendant autant que possible.

Pour toute la journée, des acteurs publics, des entrepreneurs sociaux et des start-up ont prototypé de nouveaux services et dispositifs permettant de répondre de manière novatrice aux besoins des personnes âgées et de ceux qui les aident. De nouveaux services seront mis en place au niveau local dans une approche de cycle court.

3) Quelle est la valeur ajoutée de l’innovation dans le secteur public ?

F. W.:  La valeur ajoutée est double. D’une part, vis-à-vis des citoyens et usagers, l’innovation apporte une réponse concrète et plus adaptée à leurs besoins et attentes. Elle permet de faire évoluer la relation avec l’administration, de changer concrètement la vie des gens en les amenant à co-créer de nouveaux services avec les agents publics. D’autre part, le développement des démarches d’innovation bouscule la culture administrative classique. En repensant la conception des politiques publiques elles permettent de revoir en profondeur les modes de travail et le nouveau rôle du manager public, qui doit évoluer vers un rôle de manager de l’innovation. . Il n’est plus celui qui sait mais celui qui fait émerger des solutions. C’est un profond changement culturel qui transforme les relations, les pratiques.

4)  Quels sont les moteurs et les freins à l’innovation dans le secteur public ?

F. W.: Au niveau français, nous observons quelques freins à l’innovation, liés à la très forte culture administrative : le manque d’initiative et la non gestion du risque, la prédominance des normes, le poids de la hiérarchie, un certain déficit de transparence, le manque d’accompagnement et d’investissement pour l’innovation. Aujourd’hui, le manager public est « sous contrainte ».

Un triple renversement est à opérer pour intégrer l’innovation de manière positive au sein de l’administration.

Intégrer cette culture  de l’innovation dans la culture administrative, en particulier dans la gestion des ressources humaines (recrutement, mobilité, évaluation, formation, gestion de projet…)

–       changer de posture : le manager doit sortir de la gestion quotidienne et prendre des risques. Dans le management d’équipe (prise d’initiative, écoutes des agents…), dans la construction d’une nouvelle relation avec les usagers (plus humaine, plus personnalisée), et dans une ouverture plus forte vers l’extérieur (travail en réseau, partenariats avec la société civile, …)

–       changer les méthodes : pour transformer la relation avec l’écosystème, il convient de donner des outils aux managers (de consultation et de participation des agents, d’écoute et de co-création avec les usagers…)

La réflexion sur les drivers et les barrières à l’innovation est justement l’un des chantiers de travail que nous menons avec l’OCDE en priorité pour l’année 2014.

5) Quels sont les contextes favorables à l’innovation dans le secteur public ?

F. W.: Il est urgent de transformer la façon traditionnelle de concevoir les projets de modernisation. Il s’agit de sortir des modèles  et de partir du terrain pour co-construire des solutions nouvelles avec les partenaires (usagers, agents, entreprises, associations, …)

Il convient de créer des espaces de liberté pour expérimenter ces nouvelles solutions. Cela peut nécessiter d’assouplir de manière temporaire le cadre réglementaire le temps de l’expérimentation.

Le rôle de l’État évolue. L’administration devient de plus en plus « assembleur » de compétences et d’expertise pour être plus ingénieuse et plus économe.

Il faut surtout veiller à réintégrer les innovations issues des expérimentations dans la réalité administrative, les diffuser au niveau national et éviter ainsi la marginalisation de l’innovation.

6) Françoise, vous conduisez le groupe de travail de l’Observatoire de l’innovation dans le secteur public de l’OCDE, comment  l’Observatoire contribue-t-il au développement des pratiques innovantes?

Le projet d’Observatoire de l’innovation publique porté par l’OCDE (Observatory for public sector innovation – OPSI) et une vingtaine de pays participe au mouvement à l’œuvre au niveau international pour le développement de l’innovation publique.

Cet Observatoire est une chance pour les pays et les agents pour renforcer la connaissance sur l’innovation publique en recensant les réalisations innovantes des pays au sein d’une base de données. Ces informations permettront de donner des idées aux responsables administratifs pour construire de nouvelles politiques ou services. Il ne s’agira pas de copier les initiatives mais de s’en inspirer. Le Groupe de travail a célébré une étape importante en Novembre 2013 avec le déploiement réussi d’une version bêta de la plate-forme en ligne de l’Observatoire présentant plus de 130 cas d’innovation dans le secteur public de 20 pays.

C’est aussi de nouveaux modes de coopération au niveau international en créant des connexions entre les acteurs de l’innovation publique. Car ce que cette plate-forme collaborative permet de réaliser, c’est aussi de donner les moyens à l’ensemble des agents des pays participants de dialoguer, de s’aider et même de co-construire des projets.

Le développement des éléments de collaboration de la plate-forme au printemps 2014 permettra de maximiser son potentiel de transformation.

L’OPSI conduit également un programme de recherche ambitieux sur l’innovation publique, impliquant l’OCDE, les pays, les centres de recherche, et les institutions européennes et internationales.

7) Comment l’IISA, l’OCDE et LIPSE peuvent-ils coopérer dans cette perspective?

Il est important que les différentes réflexions et initiatives sur ce sujet trouvent un terrain d’entente! Une coopération entre l’IIAS, l’OCDE (et les pays membres) et le LIPSE est nécessaire. La création d’un espace de dialogue et de co-construction permettra de faire converger les travaux de recherche et la connaissance pratique sur l’innovation.

La plateforme de l’Observatoire, grâce à ses fonctionnalités collaboratives, pourrait organiser en ligne, dès 2014, les échanges entre ces acteurs.

Des événements (séminaires …) communs au niveau européen pourraient être organisés pour promouvoir l’innovation publique.

Reference:

Modernisation of Public Action Portal

www.modernisation.gouv.fr

Françoise WAINTROP

Head of Mission

Listening and innovation methods

Innovation Service
General Secretariat of the Modernisation of Public Action

General Directorate for for State Modernisation.

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